Le Maloya : des plantations à l’UNESCO, voyage au cœur de l’âme réunionnaise

Musicien jouant le roulèr lors d un kabar maloya au coucher du soleil à La Réunion

En bref — Le maloya est ne dans les champs de canne a sucre de La Reunion, chante en secret par les esclaves africains et malgaches au XVIIIe siecle. Interdit pendant plus de 20 ans (1960-1981), il a survecu grace a des figures comme Gramoun Lele et Firmin Viry. Le 1er octobre 2009, l’UNESCO l’inscrit au patrimoine immateriel de l’humanite. Aujourd’hui, plus de 300 groupes le pratiquent sur l’ile, du kabar familial au festival Electropicales, du rouler ancestral aux beats electro de Jako Maron.

Cercle de musiciens maloya jouant kayamb et roulèr au bord de l océan à La Réunion
Kabar en bord de mer — les musiciens se retrouvent pour jouer le maloya face à l’océan.

Il y a des musiques qu’on ecoute. Et il y a des musiques qui te traversent. Le maloya, c’est la deuxieme categorie. Quand le rouler commence a battre, quand le kayamb se met a bruisser et qu’une voix s’eleve dans la nuit reunionnaise, quelque chose remonte de tres loin. Pas de la nostalgie. De la memoire. Celle d’un peuple qui a transforme sa douleur en art, sa revolte en rythme, son histoire en danse.

Ce n’est pas un genre musical qu’on range dans une case « world music » et qu’on oublie. C’est l’ame sonore de La Reunion. Un fil direct entre les plantations de canne du XVIIIe siecle et les studios d’enregistrement d’aujourd’hui. Entre le servis kabare nocturne et la scene du Sakifo. Ce guide t’emmene au fond de cette histoire — les racines, les instruments, les artistes, la renaissance. Tout ce qu’il faut savoir pour comprendre pourquoi cette musique est bien plus qu’un genre.

D’ou vient le maloya reunionnais ?

Cette tradition n’est pas apparue par hasard. Elle est nee d’une necessite : celle de garder une voix quand tout le reste avait ete pris. Son histoire, c’est celle de La Reunion elle-meme — esclavage, metissage, resistance, reconnaissance.

Qu’est-ce que le maloya et d’ou vient son nom ?

Le maloya est a la fois une musique, un chant et une danse propres a l’ile de La Reunion. A l’origine, c’est un dialogue entre un soliste et un choeur, accompagne de percussions artisanales. Le mot viendrait du malgache maloy aho, qui signifie « parler », mais certains linguistes y voient aussi une racine liee a la douleur dans des dialectes est-africains — mal, maloya, selon les travaux de recherche linguistique sur les musiques créoles.

Ce n’est pas un hasard si les deux sens coexistent. Ce chant etait la parole des sans-voix. Cree au XVIIIe siecle par les esclaves d’origine malgache et africaine (principalement Makhuwa du Mozambique) dans les plantations sucrieres de La Reunion, il servait a la fois de chant de travail, de plainte, de priere aux ancetres et d’expression de revolte. Cette musique se pratiquait dans les camps d’esclaves, en cachette, souvent la nuit — dans ce qu’on appelait les kours, les arriere-cours des cases.

La dimension spirituelle est fondamentale. Le servis kabare (ceremonie rituelle d’hommage aux ancetres malgaches) et le servis kaf (equivalent pour les descendants africains) etaient les deux cadres sacres du maloya. On y jouait une musique lente, repetitive, qui menait a la transe. Le kabare n’etait pas un spectacle : c’etait un pont entre les vivants et les morts, comme le documente le dossier d’inscription du maloya a l’UNESCO (n°00249).

Trois cents ans plus tard, plus de 300 groupes le pratiquent encore a La Reunion. Cet art a change de forme, mais pas de fonction : il continue de dire qui sont les Reunionnais.

Pourquoi le maloya a-t-il ete interdit pendant plus de 20 ans ?

Apres la departementalisation de La Reunion en 1946, la France metropolitaine a engage une politique d’assimilation culturelle. Cette musique, avec ses racines africaines et malgaches, ses textes en creole et son lien avec les rituels non-chretiens, genait. A partir de 1956, puis de facon plus systematique a partir de 1960, les autorites l’interdisent dans l’espace public, selon la BBC (2019) qui titre : « Le maloya, la musique protestataire interdite comme menace pour la France » [BBC, 2019].

La raison invoquee : trouble a l’ordre public. La raison reelle : ce genre etait devenu le vecteur musical du Parti Communiste Reunionnais (PCR), qui portait des revendications autonomistes. Le chanter, c’etait affirmer une identite creole a contre-courant de l’assimilation. La BBC a titre : « Le maloya, la musique protestataire interdite comme menace pour la France » , selon un reportage de la BBC.

Pendant plus de 20 ans, cette tradition a survecu en clandestinite. Les musiciens jouaient la nuit, dans les kours, sous couvert de ceremonies privees. Les instruments eux-memes — le kayamb et le rouler — ont ete explicitement interdits. Les contrevenants risquaient l’amende ou la prison.

C’est dans cette resistance souterraine que les grands noms de ce genre ont forge leur legende. Des familles entieres ont porte la transmission a bout de bras, de pere en fils, de mere en fille, en refusant de laisser mourir leur heritage.

En 1981, la politique culturelle de Jack Lang en faveur des identites regionales a progressivement leve l’interdiction. La musique traditionnelle est redevenue legale, mais il a fallu des annees avant qu’elle soit pleinement reconnue.

Comment le maloya est-il devenu patrimoine de l’UNESCO ?

Le 1er octobre 2009, le maloya a ete inscrit sur la Liste representative du patrimoine culturel immateriel de l’humanite par l’UNESCO, lors de la 4e session du Comite intergouvernemental [UNESCO, 2009, dossier n°00249]. C’est la premiere — et a ce jour la seule — reconnaissance mondiale d’un heritage culturel de La Reunion (dossier UNESCO n°00249).

Les criteres retenus par l’UNESCO :

  • Identite culturelle : le maloya est le symbole du peuple reunionnais, metisse et ouvert
  • Metissage vivant : il illustre les processus de creolisation entre Afrique, Madagascar, Inde et Europe
  • Cohesion sociale : il rassemble toutes les communautes de l’ile autour d’une pratique commune
  • Transmission active : plus de 300 groupes recenses a La Reunion [UNESCO, 2009], enseignement au Conservatoire depuis 1987

Mais l’UNESCO a aussi identifie des menaces : les mutations sociologiques, la disparition des grandes figures fondatrices (Gramoun Lele est decede en 2004) et le declin du culte aux ancetres fragilisent cette tradition dans sa forme rituelle. Des mesures de sauvegarde sont en place : enseignement au Conservatoire a Rayonnement Regional, introduction dans les programmes scolaires, soutien des collectivites locales.

L’inscription a eu un impact concret : elle a donne aux artistes une legitimite internationale, ouvert des financements dedies et place La Reunion sur la carte du patrimoine mondial. Ce qui etait interdit en 1960 est devenu tresor de l’humanite en 2009 — un renversement historique en moins de 50 ans.

Infographie chronologique de l'histoire du maloya de La Réunion du XVIIIe siècle à 2025 avec instruments traditionnels roulèr kayamb bobré pikèr
L’histoire du maloya en une infographie — des plantations de canne à sucre du XVIIIe siècle à l’inscription UNESCO en 2009 et l’électro-maloya d’aujourd’hui.

A retenir — Le maloya a parcouru un chemin unique : ne dans les plantations d’esclaves, interdit de 1960 a 1981, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2009. C’est le seul element reunionnais reconnu par l’UNESCO, et il est toujours pratique par plus de 300 groupes.

Quels instruments composent le maloya traditionnel ?

Instruments traditionnels du maloya disposés sur une table : kayamb, roulèr, bobre, pikèr et sati
Les instruments du maloya — kayamb, roulèr, bobre, pikèr et sati — façonnés à la main depuis trois siècles.

La puissance de cette musique tient a ses instruments. Pas de guitare, pas de clavier, pas de cuivres dans la forme traditionnelle. Seulement des percussions et un arc musical — quatre instruments artisanaux fabriques a la main, a partir de materiaux que la terre reunionnaise offre.

Comment sont fabriques les instruments traditionnels du maloya ?

Chaque instrument du maloya est un objet a la croisee de la lutherie, de l’artisanat et de l’histoire. Voici leur carte d’identite :

InstrumentMateriauxFabricationSonRole dans l’ensemble
RoulerTonneau de bois (tamarin ou natte) + peau de boeufCadre en bois cercle, peau tendue par clous ou cordes, pose horizontalement sur un support (santyé)Grave, profond, terrien, resonne dans le ventreBasse rythmique — le coeur du maloya, il bat comme un pouls
KayambTiges de fleur de canne a sucre + graines de safran maron (cascavelle)Cadre en bois sur lequel les tiges sont clouees, graines entre les tigesBruissement continu, evoque le bruit des vaguesTempo constant — il tient la pulsation, jamais il ne s’arrete
Bobre (bobr)Arc de bois + calebasse (caisse de resonance) + corde en metal ou chokaArc tendu, calebasse contre le torse du musicien, corde frappee avec une baguette (batavek)Sec, metallique, melodiqueMelodie et contrepoint — le lien direct avec Madagascar
PikerBambouSimple cylindre de bambou pose a meme le sol, frappe avec des baguettes en boisAigu, claquant, secAccentuation rythmique — il marque les contre-temps

Ces instruments ont ete inventes par necessite. Les esclaves n’avaient pas acces aux instruments europeens. Ils ont utilise ce que l’ile leur donnait : le bois, les peaux de bete, les tiges de canne, les calebasses. Chaque instrument porte en lui l’ingeniosite d’hommes et de femmes qui ont recree leur culture musicale africaine et malgache avec les moyens du bord.

La fabrication reste artisanale aujourd’hui. Peu de luthiers maitrisent le savoir-faire : Philippe Morel, installe en metropole, est l’un des rares a fabriquer et restaurer les quatre instruments. A La Reunion, les artisans du marche de Saint-Leu, comme Jean-Luc Robert, perpetuent la tradition. Le Conservatoire a Rayonnement Regional de La Reunion integre depuis 1987 l’apprentissage de ces instruments dans ses cursus — une premiere en France, selon Saya.re.

Les instruments traditionnels sont-ils toujours utilises aujourd’hui ?

Absolument. Et pas comme des reliques de musee. Le rouler, le kayamb, le bobre et le piker restent les marqueurs identitaires du maloya, meme dans ses formes les plus contemporaines. Ce qui a change, c’est la maniere de les capter et de les traiter.

Dans les studios de Saint-Pierre ou de Saint-Denis, ces sons acoustiques sont enregistres avec des micros de studio professionnel, puis traites avec des effets numeriques — reverb, delay, compression, EQ. Un rouler sample peut devenir la ligne de basse d’un morceau electro. Un kayamb filtre peut se fondre dans une nappe de synthetiseur.

Des artistes comme Lindigo enregistrent leurs kayambs et roulers avec une precision chirurgicale avant de les integrer dans des productions qui croisent maloya, gnawa et transe. Jako Maron va plus loin : il sample les percussions traditionnelles et les injecte dans des beats electroniques. Mais meme dans l’electro-maloya le plus pousse, tu reconnais toujours le grain du kayamb et la profondeur du rouler.

De nouveaux instruments se sont aussi invites dans les formes contemporaines : djembe, batterie, guitare basse, synthetiseurs, boites a rythmes. L’UNESCO elle-meme note cette evolution dans son dossier : « le Maloya prend aujourd’hui des formes de plus en plus variees, au niveau des textes comme des instruments ».

A retenir — Quatre instruments artisanaux forment le coeur du maloya : le rouler (tambour basse), le kayamb (hochet a graines), le bobre (arc musical) et le piker (bambou). Fabriques a la main depuis 300 ans avec des materiaux reunionnais, ils sont aujourd’hui captes en studio et integres dans des productions electro et jazz.

Qui sont les grands artistes du maloya reunionnais ?

Danyèl Waro jouant du kayamb lors d un concert de maloya à La Réunion
Danyèl Waro et son kayamb — figure majeure du maloya réunionnais. Photo : Wikimedia Commons CC BY 3.0

Cette musique n’existerait pas sans les hommes et les femmes qui l’ont portee, parfois au peril de leur liberte. Quatre generations d’artistes ont fait passer cet art de la clandestinite des kours aux scenes du monde entier. Pour un portrait detaille de chacun, consulte notre guide des figures du maloya reunionnais : Danyel Waro, Firmin Viry, Gramoun Lele et la generation contemporaine.

Qui sont les pionniers qui ont sauve le maloya ?

Pendant l’interdiction, cette tradition a survecu grace a des familles qui ont refuse de se taire. Trois noms reviennent toujours :

  • Gramoun Lele (Julien Phileas, 1930-2004, Saint-Benoit) : surnomme Lo Rwa Kaf (« Le Roi Cafre »), il etait le gardien du servis kabare, la forme rituelle liee au culte des ancetres. Il a transmis oralement pendant plus de 70 ans, dans sa kour de Saint-Benoit, un repertoire que personne d’autre ne connaissait. Ses enregistrements tardifs, realises dans les annees 1990, restent des tresors du patrimoine sonore reunionnais.
  • Firmin Viry (ne en 1935 a Saint-Pierre) : premier artiste a porter cette musique sur les scenes nationales. Figure de la resistance culturelle des annees 1960-1980, il a joue un role cle dans la reconnaissance du genre. Il est aussi a l’origine de l’introduction du maloya au Conservatoire de La Reunion en 1987.
  • Gramoun Baba et Gramoun Bebe : patriarches de grandes familles musicales, ils representent la transmission directe, de generation en generation, a une epoque ou le seul moyen de sauvegarder le repertoire etait la memoire humaine. Pas de partition, pas d’enregistrement — juste la voix et le geste.

Ces pionniers ont risque l’amende, parfois la prison, pour continuer a jouer. Sans eux, l’UNESCO n’aurait rien eu a inscrire en 2009.

Qui est Danyel Waro et pourquoi est-il l’ambassadeur du maloya ?

Daniel Hoareau, ne en 1955 au Tampon, est devenu Danyel Waro — et la musique reunionnaise ne s’en est jamais remise. Musicien, poete en creole, fabricant d’instruments, objecteur de conscience, militant culturel : Waro est tout cela a la fois.

Dans les annees 1970-1980, quand cette musique etait encore semi-interdite, il a choisi de la chanter fort, en creole, sans concession. Son credo : le maloya n’a pas besoin de se moderniser pour exister. Sa formule est restee la meme pendant 40 ans — voix, kayamb, rouler, piker, textes en creole — et pourtant chaque album sonne different.

Ses albums à connaître :

  • Batarsité (2005) : manifeste de la batardise creole, ou l’impurete devient une force
  • Monmon (2009) : hommage a sa mere, intimite et puissance
  • Kabar (2019) : retour au cercle, a l’essence du rassemblement maloya

En 2010, Danyel Waro a recu le WOMEX Award, le prix le plus prestigieux des musiques du monde [WOMEX, 2010], suivi du Grand Prix de l’Academie Charles-Cros. Il chante exclusivement en creole reunionnais et remplit des salles en Europe, en Afrique et au Japon. La preuve vivante que la singularite la plus radicale est aussi la plus universelle.

Quels artistes portent le maloya aujourd’hui ?

La scene contemporaine est riche d’au moins quatre courants, chacun relie aux racines mais tourne vers un horizon different :

Transe et rituel :

  • Christine Salem : voix puissante et profonde, transe percussive, scenes internationales (Europe, Afrique). Elle incarne la dimension feminine, physique, viscerale de cet art.
  • Lo Rwa Kaf (collectif) : perpetuation du rituel ancestral, servis kabare

Percussif et festif :

  • Lindigo : percussions puissantes, fusion avec les rythmes gnawa du Maroc. Gros public, concerts de 3000 personnes. Tournees mondiales.
  • Ziskakan : fonde en 1979 par Gilbert Pounia, chants engages, poesie creole, pionniers de la fusion

Intimiste et poetique :

  • Ann O’Aro : voix et bobre, textes autobiographiques poignants, intimite brute
  • Maya Kamaty : world music, fusion creole, identite reunionnaise vue depuis la diaspora
  • Davy Sicard : chanson creole accessible, textes lumineux, large public

Electro et fusion :

Quel est l’impact de l’electro-maloya sur la scene internationale ?

  • Jako Maron : pionnier de l’electro-maloya des la fin des annees 2000. Son album The Electro Maloya Experiments est une reference
  • Tiloun : beats electroniques sur percussions traditionnelles, production digitale
  • Kaf Malbar : fusion hip-hop, textes en creole et francais, energie de scene
  • Maloya Jazz Xperianz : improvisation jazz sur rythmes traditionnels, scenes de Saint-Pierre
  • Emmanuel Felicite : fusion qui emporte le public du festival Jazz dann Port

A retenir — De Gramoun Lele (gardien du rituel, annees 1930) a Jako Maron (electro-maloya, annees 2000), quatre generations d’artistes ont construit le maloya. Danyel Waro, prix WOMEX 2010, reste l’ambassadeur mondial d’un genre qui se chante exclusivement en creole.

Comment se vit le maloya aujourd’hui a La Reunion ?

Évolution du maloya : instruments traditionnels roulèr et kayamb face à un studio électronique moderne
Du kabar au studio — le maloya se réinvente sans perdre son âme.

Cet art n’est pas un objet de musee. Il se vit. Dans les kours familiales, dans les ceremonies rituelles, dans les festivals, dans les studios. Voici comment il se pratique aujourd’hui a La Reunion.

Qu’est-ce qu’un kabar et comment se deroule un servis kabare ?

Le mot kabar vient du malgache et signifie « assemblee ». Aujourd’hui, il designe tout rassemblement musical ou l’on joue cette musique — d’une soiree en famille dans la kour a un evenement public avec 5000 personnes.

Mais a l’origine, le servis kabare (ou kabare) etait bien plus qu’une fete. C’etait une ceremonie rituelle sacree de culte des ancetres, pratiquee en secret par les esclaves. Le servis malgas pour les descendants malgaches, le servis kaf pour les descendants africains. Le deroulement : offrandes (rhum, miel, tabac, fruits), maloya joue lentement sur un tempo repetitif, litanies chantees, et parfois transe. Le kabare n’etait pas un spectacle a regarder — c’etait un passage, un pont entre les vivants et les morts, comme le decrit le Portail de l’esclavage a La Reunion.

La date la plus intense du calendrier : le 20 decembreFet Kaf, anniversaire de l’abolition de l’esclavage a La Reunion en 1848. Cette nuit-la, des kabars se deroulent dans toute l’ile. Des dizaines de milliers de Reunionnais dansent, chantent et jouent du maloya jusqu’au lever du soleil. C’est l’equivalent du Nouvel An ou du Carnaval : un moment ou l’ile entiere vibre a l’unisson.

Quelle est la difference entre maloya traditionnel et maloya electro ?

L’electro-maloya est ne quand des producteurs reunionnais ont eu l’idee de sampler les percussions traditionnelles et de les injecter dans des beats electroniques. Le resultat : une musique a la fois meditative et dansante, ancienne et futuriste.

Maloya traditionnelMaloya electro / fusion
InstrumentsRouler, kayamb, bobre, piker uniquement+ synthetiseurs, drum machines, guitare, basse
ContexteKabar, kour familiale, servis kabareScene, festival, studio, club
Artistes emblematiquesGramoun Lele, Firmin Viry, Danyel WaroJako Maron, Tiloun, Kaf Malbar
StructureSoliste/choeur, cyclique, mene a la transeCouplet/refrain, arrangements studio, drops
LangueCreole exclusifCreole + francais, parfois anglais
PublicCommunautaire, initieLarge, festivals internationaux
Festivals clesKabars du 20 decembreElectropicales (40 artistes, 13 000 spectateurs), Sakifo
EnregistrementCaptation live, prise directeProduction studio, samples, post-production

Jako Maron est considere comme le pionnier du genre. Son album The Electro Maloya Experiments (reedite en version etendue chez Nyege Nyege Tapes) a attire l’attention internationale sur cette fusion. Le festival Electropicales, cree a La Reunion, a rassemble 40 artistes et pres de 13 000 spectateurs autour de cette rencontre entre maloya et musiques electroniques [RFI, 2025], comme le rapporte RFI.

L’electro-maloya n’est pas une trahison de la tradition. C’est sa continuite par d’autres moyens. Comme le dit Danyel Waro : « Maloya la pa in mizik, le in fason viv » — le maloya n’est pas une musique, c’est une facon de vivre. Et une facon de vivre, ca s’adapte a son epoque.

Ou ecouter et apprendre le maloya a La Reunion ?

Cette musique n’est ni rare ni confidentielle. A La Reunion, elle est partout :

  • Sakifo Musik Festival (juin, Saint-Pierre) : le plus grand festival de l’ile, cree en 2004, qui programme toujours des artistes traditionnels aux cotes de reggae, hip-hop et musiques du monde
  • Electropicales : festival dedie a la fusion electro-maloya
  • Jazz dann Port (Saint-Pierre) : quand le jazz rencontre le maloya
  • Kabars du 20 decembre : dans toute l’ile, concerts gratuits toute la nuit
  • Rondavelles : kiosques en plein air ou des groupes jouent le week-end
  • Kours familiales : chez l’habitant, la forme la plus authentique du maloya

Pour apprendre a jouer : le Conservatoire a Rayonnement Regional de La Reunion propose des cours pour tous les ages depuis 1987 — c’est unique en France. Des associations culturelles, dont Sionsia, proposent egalement des ateliers et des rencontres avec des artistes.

A retenir — Le 20 decembre (Fet Kaf), nuit des kabars dans toute La Reunion, est le moment le plus intense du maloya. L’electro-maloya, porte par Jako Maron et le festival Electropicales, prouve que les rythmes ancestraux se marient parfaitement aux beats electroniques.

L’avenir du maloya est-il menace malgre l’UNESCO ?

Cette musique est vivante. Mais vivante ne veut pas dire invulnerable. Derriere la vitalite des festivals et la vitalité de la création contemporaine, des fragilites existent. L’UNESCO les a identifiees des 2009, et elles n’ont pas disparu.

Le maloya est-il menace malgre l’UNESCO ?

Oui, et l’UNESCO le dit clairement dans son dossier d’inscription. Les menaces principales :

  • Disparition des grandes figures : Gramoun Lele est decede en 2004, Firmin Viry a plus de 90 ans. Avec eux, des repertoires entiers — jamais ecrits, uniquement transmis oralement — risquent de s’eteindre.
  • Declin du culte aux ancetres : le servis kabare, la forme rituelle et sacree, se pratique de moins en moins. La modernisation de la societe reunionnaise eloigne les jeunes generations de ces traditions spirituelles.
  • Risque de folklorisation : la version « vitrine », jouee pour les touristes ou les cameras, n’est pas celle vecue dans les kours. La reconnaissance UNESCO peut paradoxalement reduire le maloya a un spectacle.
  • Mutations sociologiques : urbanisation, individualisme, globalisation culturelle. Les memes forces qui menacent toutes les traditions orales du monde.

Mais les reponses existent. Le Conservatoire forme des musiciens. Les ecoles primaires integrent le maloya dans leurs programmes. Les associations culturelles maintiennent les pratiques vivantes. Et surtout : la scene contemporaine prouve que cette musique attire toujours les jeunes, sous des formes nouvelles.

Comment Sionsia contribue a la transmission du maloya ?

Sionsia est ne de cette conviction : la culture reunionnaise a besoin d’un accompagnement structure pour rester vivante et rayonner. Pas un encadrement qui fige, mais un soutien qui ouvre des portes.

Concretement, Sionsia propose :

  • Un studio d’enregistrement professionnel accessible aux artistes emergents — y compris ceux qui jouent la musique traditionnelle
  • Un accompagnement artistes complet : coaching artistique, aide administrative, mise en reseau
  • Des evenements culturels qui font vivre le maloya au-dela des cercles inities
  • Des ateliers d’eveil artistique pour les marmailles, ou le kayamb et le rouler sont des portes d’entree vers la creation

Cet heritage ne survivra pas dans les livres ou les musees. Il survivra parce que des gens le jouent, le chantent, le dansent et le transmettent. C’est exactement ce que Sionsia travaille a soutenir, chaque jour.

A retenir — Le maloya est fragilise par la disparition de ses figures fondatrices et le declin du rituel ancestral. Mais la reponse est deja en mouvement : enseignement au Conservatoire, associations comme Sionsia, scene contemporaine qui attire les jeunes. La transmission est l’affaire de tous.

FAQ — Questions frequentes sur le maloya

Qu’est-ce que le maloya ?

Le maloya est une forme de musique, de chant et de danse native de La Reunion, creee au XVIIIe siecle par les esclaves africains et malgaches dans les plantations sucrieres. C’est un dialogue entre un soliste et un choeur, accompagne de percussions artisanales (rouler, kayamb, bobre, piker). Le mot viendrait du malgache « maloy aho » (parler). Inscrit au patrimoine immateriel de l’UNESCO depuis 2009, le maloya est pratique par plus de 300 groupes a La Reunion (dossier UNESCO n°00249).

Pourquoi le maloya a-t-il ete interdit ?

Le maloya a ete interdit a partir de 1960 par les autorites departementales francaises, qui le consideraient comme subversif en raison de son association avec le Parti Communiste Reunionnais et les revendications autonomistes. Les instruments (kayamb, rouler) etaient eux-memes interdits. Les musiciens ont continue a jouer en secret, la nuit, dans les kours. L’interdiction a ete progressivement levee a partir de 1981.

Quels sont les instruments traditionnels du maloya ?

Quatre instruments artisanaux forment le coeur du maloya : le rouler (grand tambour basse en tonneau de bois et peau de boeuf), le kayamb (hochet en cadre de bois rempli de graines de cascavelle), le bobre (arc musical avec calebasse et corde metallique) et le piker (cylindre de bambou frappe avec des baguettes). Tous sont fabriques a la main avec des materiaux reunionnais.

Comment est fabrique le kayamb ?

Le kayamb est fabrique a partir d’un cadre en bois sur lequel sont fixees des tiges de fleurs de canne a sucre. Entre les tiges circulent des graines de safran maron (cascavelle). En secouant le kayamb horizontalement, le musicien produit un bruissement continu qui evoque le bruit des vagues. C’est l’un des deux instruments — avec le rouler — qui furent explicitement interdits pendant la repression du maloya, selon Saya.re.

Qui est Danyel Waro ?

Danyel Waro (Daniel Hoareau, ne en 1955 au Tampon) est l’ambassadeur mondial du maloya. Musicien, poete en creole et fabricant d’instruments, il a relance le genre dans les annees 1970-1980 alors qu’il etait encore semi-interdit. Il chante exclusivement en creole reunionnais. En 2010, il a recu le WOMEX Award et le Grand Prix de l’Academie Charles-Cros.

Qu’est-ce qu’un kabar ?

Un kabar est un rassemblement festif ou l’on joue du maloya. Le mot vient du malgache « assemblee ». A l’origine, le servis kabare etait une ceremonie sacree de culte des ancetres. Aujourd’hui, kabar designe tout evenement musical maloya, du jardin familial au festival public. Le 20 decembre (Fet Kaf, anniversaire de l’abolition de l’esclavage) est la nuit des grands kabars dans toute La Reunion.

Le maloya est-il au patrimoine de l’UNESCO ?

Oui. Le maloya a ete inscrit le 1er octobre 2009 sur la Liste representative du patrimoine culturel immateriel de l’humanite (dossier n°00249). L’UNESCO le reconnait comme symbole de l’identite reunionnaise, exemple de metissage et vecteur de cohesion sociale. C’est le seul element culturel de La Reunion inscrit a l’UNESCO (fiche officielle UNESCO).

Peut-on apprendre le maloya a La Reunion ?

Oui. Le Conservatoire a Rayonnement Regional de La Reunion propose des cours de maloya depuis 1987 — c’est unique en France. Des associations culturelles comme Sionsia organisent egalement des ateliers et des rencontres avec des artistes. La transmission, longtemps uniquement familiale et orale, est aujourd’hui ouverte a tous.

Tu veux en savoir plus sur la musique reunionnaise dans son ensemble ? Ou decouvrir comment Sionsia accompagne les artistes de l’ile ? Contacte-nous — la kour est ouverte.

Association Sionsia — La Reunion (974) | sionsia.re | contact@sionsia.re | Partenaire DAC Reunion et Region Reunion union

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